Dessin: Takeshi Obata
Scénario: Tsugumi Ohba
Nombre de volumes: 12
Maintenant que c'est terminé on peut causer!
Et voila ! Le manga est conclu, la série est toute sortie. Le phénomène Death Note touche désormais à sa fin. Il n’y a donc pas de moment plus propice que celui-ci pour que je vous délivre
mon avis et que je fasse un petit bilan d’un titre qui aura fait, à juste titre, beaucoup parlé de lui. Je laisse aux fans un peu stupides le côté bling bling et l’imagerie Gothique finalement
assez anecdotique pour me concentrer sur l’essentiel : un manga écrit avec talent.
Comme la série à fait son gros boucan pendant un peu plus d’un an, je vais considérer qu’a peu près tout le monde ici sait de quoi on parle. Donc si j’éviterai au mieux les grandes révélations,
je risque malgré tout de donner pas mal de pistes. Novices du sujet, vous voila prévenu ! Mais de toute façon j’imagine, que même le novice aura eu pas mal d’échos, tant on débattait déjà de
la fin alors que le premier volume n’était même pas encore sorti dans notre pays (vous en devinez la cause). Du coup c’est dans une drôle d’ambiance que la France à découvert ce titre, partagé
entre l’euphorie générale et l’aigreur des fans qui avaient portés l’œuvre bien avant son succès public. Je pense que cela a fait porter un regard déformé sur le manga et la série, entrainant
plusieurs personnes à tomber dans la critique facile en reprochant au titre des points finalement anecdotiques par rapport à l’essence même de Death Note. Je pense que moi-même, ma vision a été
pas mal dérangé, mais nous y reviendrons au moment voulu. Partons de la base de tout : le manga.
Le bon
Dessiné par Takeshi Obata et scénarisé par Tsugumi Ohba, Death Note est un manga dont toute la force se trouve dans un scénario de génie et cela commence par l’élement éponyme : le death
note. Ce cahier ou lorsque l’on écrit un nom dedans, en ayant le visage de la victime en tête, la personne meurt. Et ce premier élément scénaristique mérite qu’on y réfléchisse plus qu’on ne le
pense. Si l’on prend le cheminement du manga, le début est en somme toute classique : dans un monde réaliste et qui se veut crédible, Light Yagami découvre par hasard le Death Note,
véritable machine à tuer. Celui-ci décide après réflexion de l’utiliser pour juger les criminels et devenir le Dieu du nouveau monde qu’il aura créé. Ce qui au final revient à dire qu’il s’agit
d’un personnage voulant devenir le maitre du monde, ce qui n’est en soi pas un motif nouveau. Mais si l’on pense à ce carnet, on se dit que cet élément aurait pu aboutir à bien d’autres
histoires. Selon le personnage que le ramassait, les ambitions et toute la trame scénaristique se serait vu complètement différente. Mais vous pensez surement qu’il fallait bien choisir un
personnage, je vous le concède, mais essayez de garder en tête le choix qui a été fait avec Light.
Maintenant penchons nous sur le genre du manga qui n’est ni plus ni moins qu’un polar (ou Thriller si vous aimez les termes Américains). Alors je vous pose une question : pensez vous qu’un
polar est le cheminement le plus logique et le plus simple que pouvait adopter Death Note ? Je ne le pense pas. Le fait étant que peu de gens ont du se poser la question et ont acceptés ce
principe sans penser à la difficulté que cela apporterait forcément. Opposer à Kira un personnage qui raisonne par logique et qui se base sur des preuves concrètes semble avec le recul
improbable. Comment réussir à arrêter quelqu’un qui tue avec un cahier magique, de loin et sans laisser de preuve matérielle, alors que tout le raisonnement du détective se veut logique et ses
déductions basées sur des faits ? Kira et L sont deux personnages totalement paradoxaux.
Et c’est déjà en ça que ce manga est parfaitement brillant : avec un tel personnage comme Kira, il aurait été plus logique et plus simple de partir vers une voie plus fantastique qui aurait
monté en crescendo, le faisant tout simplement affronter les Dieux eux-mêmes. Mais non, il affronte un humain dans un monde bien réel. Quant à L, il aurait très bien pu poursuivre quelqu’un
employant le Death Note mais avec un comportement plus humain, avec des aspirations moins Divines. Mais là encore, ce n’est pas le choix qui a été fait.
Ce que je cherche vraiment à mettre en lumière ici, c’est la crédibilité scénaristique de l’histoire et des personnages alors que tout s’opposait à ça. La façon dont est menée l’enquête, dont
Kira échafaude des plans pour s’en sortir et éliminer les gêneurs. Chaque situations est très complexe et pourrait facilement s’embrouiller, donnant l’impression au lecteur qu’on le mystifie pour
lui faire avaler des incohérences. Pourtant la trame ne se perd jamais et se permet même quelques coups d’éclats en faisant mourir des personnages clef, se risquant ainsi à un nouveau départ ou
encore avec un final dangereux, qui tient à rappeler à tout le monde que si il y a une part de fantastique dans ce récit, les personnages restent avant tout des êtres humains et que personne en
ce monde n’est parfait. N’est-ce pas Light ?
De ce fait, j’ai du mal à comprendre le pinaillage de grand nombre de lecteurs qui pointent du doigt certains éléments scénaristiques, les brandissant comme autant de tare qui dévaloriserait
entièrement la série. Ces points me semblent personnellement assez futiles lorsque l’on regarde l’ensemble. Tsugumi Ohba a réalisé un tour de force phénoménale avec Death Note, en écrivant
surement un des manga les plus réussis de sa génération. Il/elle ne devrait pas être attaqué pour des détails aussi perfectibles après avoir réussi concevoir quelque chose à l’équilibre aussi
difficile à obtenir. Un/une scénariste à suivre à l’avenir.
La brute
Maintenant venons en au gros point noir de ce manga, qui a mon sens, est le véritable problème du titre : Takeshi Obata, qui n’assure pas une cacahuète. Et c’est d’autant plus flagrant après
avoir vu l’Anime. Nous y reviendrons d’ailleurs, mais à cause de cela il est préférable de lire le manga d’abord si vous ne voulez pas vous prendre une claque douloureuse dans le mauvais sens du
terme. C’est simple : on en viendrait à maudire Obata. Pourtant en y réfléchissant, on peut comprendre un tel choix. Quand on regarde le scénario de Death Note, on constate tout de suite
l’influence forte des polars noir Américains, avec une ambiance sombre et un aspect fortement Cinématographique. Il fallait donc un graphisme classique mais élégant et avec un grand dynamisme
pour contrebalancer avec le certain statisme visuel de tuer avec un cahier. Oui c’était clair : Takeshi Obata était l’homme de la situation. Car on peut reprocher tout ce qu’on veut à Hikaru
no Go, mais avoir réussi avec autant de brio à rendre des matchs de Go aussi dynamiques et captivants alors qu’on n’y pigeait, pour la plupart, rien… il fallait être doué.
Pourtant ce dynamisme manque cruellement dans les pages de Death Note, ou alors le dessinateur n’arrive pas à poser l’ambiance qu’il faut. Au début nous retrouvons un style très proche d’Hikaru,
donc très clair avec un trait fin. Le problème c’est que le tout est bien trop lumineux pour une histoire aussi sombre. Les pages donnent une impression de clarté en total désaccord avec l’esprit
du scénario. Et lorsqu’Obata réussi enfin à donner un coup de crayon plus adulte et plus noir à sa série, le résultat obtenu est un véritable immobilisme des personnages. Plus aucun mouvement ni
fluidité ne semblent émaner d’eux. C’est un choix certes, mais cela rend pour le coup certaines scènes, comme un braquage ou course poursuite, totalement rigide. Ce n’est pas ce qu’on attendait
du bonhomme, et si il s’agissait de faire quelque chose de statique mais de façon plus naturelle, il y avait des auteurs bien plus à l’aise que lui pour cela. Je ne pense pas d’ailleurs qu’on l’a
choisi pour qu’il fasse quelque chose d’aussi raide. Surement de peur de tourner au ridicule certaines situations, Obata est finalement trop gentil, trop sobre et n’apporte pas le souffle
d’énergie qu’on se devait d’attendre de lui. Ce qui est difficile à accepter quand on sait qu’un certain Gosho Aoyama avait déjà bien montré comment il fallait s’y prendre.
Encore plus dommage vu que les personnages sont assez originaux et plutôt bien designés (pour du classique, on s’entend). Dommage là encore qu’il soit toujours aussi peu doué pour vieillir ses
protagonistes. Si cela était peu dommageable dans Hikaru no Go, c’est beaucoup plus regrettable ici avec un Light qui ne semble jamais être sorti du Lycée. Et l’on ne parlera pas trop de Near qui
perd des centimètres de volumes en volumes, ce qui est un bon choix graphique mais qu’il aurait mieux valu éviter de faire de façon aussi visible.
Et le truand !
Et c’est alors qu’apparu l’Anime. Véritable assassin du manga, l’adaptation aura fait autant de bien que de mal. A tel point que les gens n’arrivent plus à concevoir distinctement les deux œuvres
et en un sens…j’en fais parti.
Déjà pour la raison simple dite précédemment : l’influence Cinématographique était très forte, alors il n’y a pas de surprise que le manga s’adapte à la perfection au format. Trop peut-être.
Car l’Anime arrive à donner le souffle "Over the Top" dont avait besoin Death Note et que son incompétent de dessinateur n’avait pas réussi à faire. L’ambiance qui se cherchait durant les pages
semble beaucoup plus naturelle à nos yeux dans sa version animée. Ce qui est un comble pour un manga sombre dont le format noir et blanc du manga aurait du faire sa force, et qu’il se trouve que
la couleur serve mieux ses intentions. Idem pour une histoire aussi statique qui obtient tout le dynamisme qu’il lui était nécessaire, ce qui était là encore le boulot d’Obata.
Le scénario également est suivi scrupuleusement, dans ses moindres détails. Mais avec l’efficacité d’un Anime, nettoyant ainsi beaucoup de redites textuelles qui était alors nécessaire, à cause
d’une mise en scène trop timorée. De ce fait lire le manga après l’Anime se révèle être un calvaire : tout est exactement pareil à la virgule près, mais avec un manque cruel de souffle et
d’éloquence. Et l’absence de musique se fait terriblement sentir tant elle apportait indéniablement quelque chose. Death Note est donc totalement crucifiée par son adaptation animée… jusqu’à la
seconde partie.
Tous ceux qui ont vu où lu Death Note le savent : l’histoire à deux parties bien distinctes. Chacune représentent (à quelque chose près) 6 volumes du manga, tandis qu’en Anime la répartition
est moins équitable avec 25 épisodes pour la première et 11 pour la seconde. Lors d’un débat podcast, nous avions soulevé la possibilité que ce choix était peut-être du à une seconde partie moins
intéressante. Je peux maintenant affirmer le fait suivant : il n’en est rien. J’irai même jusqu’à penser que la seconde partie de l’histoire est bien plus riche que la première.
C’est d’ailleurs là que je veux que vous compreniez bien l’idée que je suis surement influencé et que ma vision est déformée : j’ai découvert le manga après la série. De ce fait, la première
partie en manga m’a paru bien pénible tant la série était supérieure. Mais il se peut du coup que je juge durement quelque chose qui reste au-dessus de la moyenne. Enfin, la seconde partie est
moins réussie en Anime. Pas la peine d’ailleurs de lire le manga pour se rendre compte que ça ne marche pas aussi bien. Du coup en manga, la redécouverte fût un choc et je surestime peut-être
trop la version papier parce qu’elle souffre moins du comparatif avec son adaptation. Au final il se peut que Death Note soit de qualité équivalente sur toute la longueur. D’où le brouillage
causé par son adaptation.
Pour faire simple Light est beaucoup plus sous pression, Near obtient réellement le statut de successeur, Mello n’est pas qu’un simple faire-valoir et Mikami a bien plus tendance dès le départ à
prendre des initiatives. Quant aux événements, vous imaginez facilement qu’ils sont plus nombreux et plus détaillés : il n’y a pas une mais deux tentatives de reprendre le cahier à Mello.
Lui et Near sont largement plus en contact et ont tendance à se faire des cadeaux, Mogi se fait enlever… Et j’en passe.
Tous ces éléments apportaient de l’épaisseur aux personnages et rendent pour le coup le final plus concevable. Même si là encore, le dessin étant trop rigide et la mise en page trop sage, le tout
se fait sans éclat et rend du coup ce même final tout aussi décevant mais pour les raisons complètement inverses. La ou l’Anime péchait par des raisonnements un peu trop simplistes mais se
rattrapait sur une mise en scène toujours aussi maitrisée, le manga en est le parfait opposé. J’en viens à regretter que cette seconde partie n’eut pas été aussi bien traitée qu’elle l’aurait dû.
J’en viens même à regretter une adaptation animée. Car après avoir décrédibilisé totalement le manga en le supplantant royalement, elle finit par se suicider en l’emportant dans sa chute.
Rideau
Que conclure de tout ce joyeux bazar ? Que le manga est un Chef-d’œuvre et que la série également. Malheureusement les deux sont imparfaites et ont besoin de se compléter mutuellement. Mais
c’est en se complétant qu’elles se font le plus de mal. De ce fait, Death Note n’est ni un manga ni un Anime, c’est les deux. Telle est l’entité Death Note comme il faut l’aborder à mon avis. Et
ne se contenter que d’un aspect c’est se priver d’une complémentarité essentielle désormais. La faute à un Anime qui aura causé beaucoup de tort à sa version papier. Mais pour ma part… si je ne
devais en choisir qu’un seul aspect, je choisirai la version animée. Car je tolère plus facilement les problèmes scénaristiques qu’une mise en scène faiblarde. Quoique… non. En fait je dis ça
uniquement car j’ai lu et vu Death Note, de ce fait ma vision est complète. Il est au final, impossible de choisir. En fait, ce dont je rêve, c’est d’une version animée complète, qui suit
parfaitement le manga du début jusqu’à la fin. Je souhaiterai que le manga n’ait jamais existé, que Tsugumi Ohba scénarise, que Takeshi Obata ne soit que Character Designer et que la série fasse
50 épisodes. Mais comme cela est impossible, je ne peux que vous conseillez ceci : Lisez/Regardez Death Note.